Les yeux du corps sont merveilleusement constitués pour capter la lumière. Sur la pellicule sensible du fond de l’œil s’impriment des images que le cerveau interprète. Mais les yeux ne perçoivent qu’une seule espèce d’ondes. Il en existe beaucoup d’autres, captés par nos oreilles, par les antennes, ou par le flair des chiens ! Mais, de plus , nos sens ne connaissent qu’une toute petite partie de la réalité. L’amitié, par exemple, n’est perçue que par « les yeux du cœur ». De même la présence de Dieu est une réalité vraie, mais qu’on ne peut percevoir que par les « yeux de la foi », sorte de regard plus qu’humain qui nous fait adopter le regard de Dieu : vision nouvelle de toutes choses que nous donne notre baptême. Les évènements, l’Évangile, les sacrements sont vus de manière toute différente par les croyants et par les incroyants, selon qu’on ait la foi ou non.
Le mendiant des souks de Jérusalem était né aveugle. Sa première naissance semblait irréformable. Jésus, pourtant, a, pour ainsi dire, remis en chantier le geste du Créateur, qui pétrit de la boue pour faire un nouvel homme. C’est à une nouvelle naissance que nous assistons, par son passage de la non-foi à la foi.
L’aveugle-né, sous l’influence de Jésus – une influence quasi-sacramentelle, avec ce geste de Jésus qui touche les yeux -, re-naît véritablement à une vie nouvelle. Et cette vie peut se résumer ainsi : il marchait dans les ténèbres, maintenant sa vie est illuminée. Le baptême est le sacrement de l’illumination.
Tout au long de cet évangile, deux formules nous introduisent à cette nouvelle vie : « ouvrir les yeux » et « savoir » ou « ne pas savoir » ! Nous assistons à un double mouvement contraire :
- l’aveugle avance dans la foi et il voit de plus en plus clair
- les pharisiens, eux, s’enfoncent dans leur non-foi et se cachent les yeux pour ne pas voir.
Sur quelle réalité principalement, se sont donc ouverts les yeux de l’aveugle ?
Qui est Jésus ? D’où vient-il ?
Diman che dernier, nous avons vu la Samaritaine découvrir progressivement l’identité de Jésus. Aujourd’hui, nous voyons une progression semblable, mais dans le cadre d’un véritable procès en quatre séances de jugement : Jésus est jugé par les voisins du mendiant aveugle, par les pharisiens, par les parents, et, à nouveau, par les pharisiens. Et c’est l’aveugle guéri qui défend Jésus, c’est l’aveugle guéri qui est le témoin du Christ !
La découverte de l’identité de Jésus se fait par étapes : au début, il ne connaît pas Jésus et l’appelle seulement « l’homme qu’on appelle Jésus » ! Puis, sous les questions des pharisiens, il affirme : « C’est un prophète ». Ensuite , il proclame que c’est « quelqu’un qui vient de Dieu », un envoyé. Enfin Jésus, dans une rencontre finale, lui fait faire une profession de foi explicite : « Crois-tu au Fils de l’homme ? - Je crois ! » Et il se prosterna devant Lui.
Le baptisé qui ne rencontrerait pratiquement jamais Jésus, dans son Corps actuel, pourrait-il dire qu’il connaît Jésus comme l’Envoyé de Dieu ?
Il est frappant de constater que Jésus n’est présent , dans cette scène d’évangile, qu’au début et à la fin. Au cours du procès que Jésus subit, IL est absent. Et c’est l’aveugle guéri qui est appelé à témoigner à la place de Jésus. En devenant peu à peu le disciple de Jésus, il devient son représentant dans le monde incroyant qui le questionne : le disciple du Christ est un autre Christ, a-t-on dit parfois.
Nous remarquons aussi que ce n’est pas l’intéressé lui-même qui se définit comme chrétien, ce sont les autres qui le désignent comme tel : « tu es le disciple de cet homme ». Ainsi, semble-t-il, il ne suffit pas de se dire disciple de Jésus. On s’illusionnerait soi-même. Mais, est-ce que les non-croyants nous jugent comme des chrétiens ? Est-ce que ça se voit à certains comportements, à certaines paroles, à des gestes concrets que nous posons ? Les sacrements sont justement des signes visibles par lesquels nous nous compromettons du côté de Jésus Christ. L’aveugle, lui, a été se laver à la piscine de Siloë---il a répondu aux attaques contre Jésus--- il a fait le geste visible de se prosterner pour adorer.
En la nuit de Pâques, nous aurons à re-choisir notre baptême. Le ferons-nous en toute vérité, après avoir vécu un carême de vérification de note foi au Christ.
Stanislas Tamby, diacre